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Efficacité énergétique

Pourquoi l’efficacité énergétique est un leurre sans sobriété et sans sensibilisation

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En 2022, la sobriété était érigée en politique nationale, relayée par l’ensemble des institutions et des acteurs privés et publics. Un volontarisme expliqué et incarné par le gouvernement, qui porté ses fruits en matière énergétique pour réduire la consommation électrique.

Si elle a atteint ses objectifs, c’est en grande partie dû au renchérissement du prix de l’énergie et aux difficultés des réacteurs nucléaires pour fournir l’ensemble de la demande.

Or cette rhétorique n’est plus vraiment à l’ordre du jour et les mesures d’efficacité énergétique et d’investissement (rénovation énergétique, pompe à chaleur et autres formes d’investissement) semblent privilégiées pour cet automne 2023.

Ce qui pose la question de la place que nous voulons accorder à la sobriété. Soit une simple option conjoncturelle adaptée uniquement quand les tensions d’approvisionnement sont trop importantes soit, au contraire, un défi constant à relever sur le long terme.

Sobriété et restrictions

Rappelons que le dernier rapport du Groupe intergouvernemental des experts sur l’évolution du climat (GIEC) définissait la sobriété comme « un ensemble de mesures et de pratiques quotidiennes qui permettent d’éviter la demande d’énergie, de matériaux, de terres et d’eau, tout en assurant le bien-être de tous les êtres humains dans les limites de la planète ».

Cette définition met en lumière les mesures de diminution des ressources et de l’énergie au niveau planétaire. Si tous les acteurs publics et privés sont d’accord sur ces objectifs, sa mise en œuvre bute sur l’interprétation du bien-être au niveau individuel, collectif et national.

Comment concilier en effet la rhétorique de la réduction avec le bonheur des individus et comment donner du sens à une notion qui, appliquée, peut être perçue comme une restriction des libertés individuelles ?

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Les pièges de l’efficacité énergétique

Soulignons, tout d’abord, que si l’efficience énergétique ne doit pas être ignorée, elle doit impérativement être combinée avec la sobriété énergétique.

La principale raison est l’existence de l’effet rebond inhérent à tout investissement énergétique. Ce dernier se manifeste dès que les gains de consommation énergétique sont inférieurs aux gains d’efficacité escomptés.

En matière d’efficacité énergétique, si les gains escomptés d’une rénovation sont de 35 % et si la baisse nette de la consommation d’énergie du ménage est de 20 %, on parle d’effet rebond, car la réduction n’est pas celle anticipée.

Deux facteurs peuvent l’expliquer, l’un direct, l’autre indirect.

Effet rebond direct

L’effet rebond direct correspond à un manquement des objectifs assignés en matière de réduction énergétique. Un grand « classique » qui s’observe pour tous les ménages et plus particulièrement les plus favorisés, et s’explique de la façon suivante : si l’on ne combine pas politique de sobriété et efficacité énergétique de manière conjointe et concomitante, l’effet rebond est présent. Autrement dit, des ménages dotés d’un mode de chauffage moins consommateur vont parallèlement augmenter la température du domicile, par exemple.

La sobriété n’est pas un instrument conjoncturel mais un structurel qui peut permettre d’éviter, d’une part, l’effet rebond direct et qui donne, d’autre part, du sens aux investissements réalisés.

Il ne suffit pas d’investir pour réussir la transition énergétique : il faut aussi outiller les ménages pour qu’ils comprennent le sens de ce qu’on leur demande.

Expliquer aux ménages le sens de la démarche

C’est ce que nous avons mis en œuvre avec une expérimentation pilote dans la Principauté de Monaco. Les résultats ont révélé que les ménages qui avaient un objectif de réduction modeste (15 %) et des outils d’apprentissage (« boosts » ou conseils envoyés régulièrement) ont atteint jusqu’à 27 % de réduction de la consommation d’énergie.

Cette expérience révèle que les mesures de sobriété fonctionnent lorsque les objectifs sont précis et qu’il y a un soutien concret pour y parvenir. La sobriété s’apprivoise sur le long terme avec un apprentissage permanent et s’adapte au contexte local.

Ainsi, dans un programme sur la réhabilitation des logements sociaux en Provence Alpes Côte d’Azur, les résultats obtenus en matière de rénovation énergétique furent atteints sans effet rebond pour les ménages ayant suivi un programme d’apprentissage et de sensibilisation sur l’énergie.

Ceux n’en ayant pas bénéficié ont été sujets à l’effet rebond direct, avec un processus de diminution de l’effort une fois les travaux terminés.

L’effet rebond indirect, report de la consommation

Mais l’efficacité énergétique se heurte à un autre écueil, l’effet rebond indirect. Il se mesure par un accroissement des dépenses énergétiques dans des domaines connexes : ainsi, les économies réalisées en matière énergétique sont dépensées dans d’autres domaines (transport, loisirs ou autres biens de consommation).

Cet effet, difficile à évaluer, est transverse. On l’observe lorsque les foyers diminuant leur consommation énergétique reportent cette consommation vers d’autres secteurs et compensent de manière indirecte les gains antérieurs obtenus.

La sobriété a une dimension globale et implique des changements structurels et culturels. Ces derniers doivent donc être accompagnés pour éviter d’accroître les inégalités entre les ménages.

La sobriété pour qui ?

Les inégalités environnementales reflètent les différences de pouvoir d’achat et de mode de vie. En matière énergétique, la précarité énergétique nous rappelle que la sobriété est aussi une contrainte pour les ménages. 20 % d’entre eux ont souffert du froid lors de l’hiver 2020-2021 : pour ces ménages, cet « inconfort » est lié à deux processus : la précarité financière (36 %) et une mauvaise isolation thermique (40 %).

pieds qui se réchauffent sur un radiateur
20 % des ménages ont souffert du froid au cours de l’hiver 2020-2021.
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Pour les plus modestes, la sobriété énergétique est donc une pratique régulière et permanente, subie, pour boucler les fins de mois. Pour les plus aisés, elle doit s’apprendre et se conjuguer à d’autres efforts d’efficacité énergétique. Cela implique de repérer, pour tous et toutes, les postes de surconsommation et de réduire la consommation ostentatoire.

Nos résultats suggèrent néanmoins que les ménages les plus favorisés sont les plus sujets à l’effet rebond direct. Mais que la sobriété peut être appropriée par les ménages comme l’ont souligné les expériences de terrain à Biot (06) et à Monaco.

Sur le chantier, il faut donc redoubler d’efforts et conjuguer toutes les mesures et les actions dans un même sens afin d’obtenir des actions durables, pérennes et solidaires.



Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons.

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